Comment passer d’une Pétasse Soumise à une Femme Libérée

Je m’appelle Marie-Charlotte Hamlaoui. J’ai 28 ans et j’ai deux enfants. Je suis une française « issue de l’immigration » comme aime à le répéter ma télévision. Physiquement ? Je mesure 1m60 et pèse 60K, soit 5K en dessous du surpoids, 15K au-dessus de la couverture de Biba. J’ai des fesses imposantes et un nez d’aigle, que je compense par une personnalité drôle et une certaine imagination sexuelle. En bref : les garçons aiment bien m’avoir dans leur lit mais pas sur leur Instagram.

Voilée je l’étais depuis mes 14 ans. Cela n’avait jamais été un problème. Mais un matin de l’an dernier mon patron m’a convoqué. Mon voile « nuisait à l’image de la femme au sein de l’entreprise, en faisant le prosélytisme d’une culture patriarcale qui soumettait la femme » m’a-t-il dit sans respirer (je l’imaginai avoir trouvé cette phrase sur Google). Munie d’un CDI et d’un mari aimant, j’ai rétorqué que je ne voyais pas bien en quoi j’étais plus soumise à une culture machiste que Simone et ses faux seins. Si l’on nous pose la question, chacune d’entre nous répondra que c’est par choix que nous portons voile ou seins, et pourtant…En outre, quitte à choisir la culture, je préfère mon petit voile – bien pratique quand mes cheveux sont sales – que les talons aiguilles ou les soutifs pushup, qui mutilent chaque jour tant de corps de Femmes Libérées.

Mais mon patron n’a pas goûté mon trait d’esprit. Il est resté longtemps silencieux, pensif, puis a simplement articulé avec un ton condescendant « Ma petite Charlotte… ». Je n’ai pas écouté la suite : j’ai tout de suite su qu’il me considérait déjà comme une Femme Libérée, et qu’en tant que telle je n’aurai pas le choix. Et j’avoue : j’ai cédé. J’ai pensé à mes enfants, Pierre-Louis et Georges-Alain, et j’ai répudié 28 ans d’éducation et 1400 ans d’Histoire pour garder mon job. Dès le lendemain je me présentais au bureau sans voile, me sentant aussi nue qu’une Femme Libérée l’aurait été en string.

A partir de là le parcours fut long et semé d’embûches. Et je l’annonce non sans fierté : je suis désormais une Femme Libérée (applaudissement, larmes). Voilà pourquoi je me permets de donner quelques conseils, à toutes celles qui voudraient prendre ce chemin tortueux, et à qui comme à moi à l’époque, les codes des Femmes Libérées sembleraient abscons.

Le physique

Il serait trop long de faire une liste exhaustive des impératifs esthétique que la Femme Libérée doit suivre pour se rapprocher de son modèle photoshopé placardé à chaque coin de rue. On retiendra qu’elle doit paraitre jeune et féconde le plus longtemps possible, nous rassurant sur les progrès réalisés en 15 000 ans d’évolution. Paraître une dizaine d’année de moins que son âge est un bon début.  Afin d’y parvenir la Femme Libérée pourra :

  • Utiliser les crèmes vendues par Julia Roberts, 50 ans, qu’aucun homme ne veut plus toucher de peur d’être accusé de détournement de mineures.
  • Faire une petite centaine de régimes, qu’elle trouvera dans son magazine féminin préféré, juste avant l’article « assumez vos formes »
  • Faire 1 heure de sport par semaine, pour compenser d’un seul coup les 40h passées derrière un bureau.

 

Les vêtements

La tenue vestimentaire est essentielle pour une Femme Libérée. Qui ne s’est jamais sentie LIBRE en mini-jupe me jette la première pierre. Qui ne s’est jamais sentie MAL A L’AISE en mini-jupe me jette la seconde. Une remarque féminine désobligeante, un regard masculin baveux…sont là pour rappeler à la Femme Libérée qu’elle n’a pas respecté le « Facteur de Surface Epidermique Montrable Contextuel », théorie publiée dans les années 90 par le chercheur Suédois Lars Von Kapfel.

Le brave homme consacra la majeure partie de sa vie à mettre en équation la surface de peau décente qu’une femme peut exposer publiquement. Il se donna la mort lorsque le Jegging arriva sur le marché. Nous gardons de lui cette équation que, rappelons-le, une Femme Libérée doit résoudre de tête chaque matin :

 

La carrière

La Femme Libérée doit faire carrière. Donc la Femme Libérée travaille. Mais seulement 3 semaines par mois. La 4e semaine elle s’adonne au plaisir du bénévolat : elle vient certes au bureau, réalise les mêmes tâches mais n’est pas payée, en comparaison de son homologue masculin. Car la Femme Libérée est généreuse. Tellement généreuse qu’une fois rentrée à la maison elle va s’occuper de 70% des tâches ménagères.

Grâce à ce travail la Femme Libérée aura un statut social respectable. Car la Femme Libérée DOIT travailler. Elle ne « peut » pas. Elle doit. Nous n’avons pas lutté toutes ces années pour qu’une Pétasse Soumise trouve son épanouissement dans le statut de femme au foyer.

 

La maternité

Une fois que la Femme Libérée a fini de travailler et de faire les lessives, galvanisée par l’énergie du demi quinoa qu’elle s’est permise de manger à midi, elle doit s’occuper de ses enfants. Et ce, en étant une « bonne » mère. La validité de ce critère variant d’une demi semaine sur l’autre, via des arguments contradictoires émis par des personnes variées, de la belle-mère au pompiste en face, la probabilité d’être une bonne mère est, selon des sources fiables, de 0.03%. Cette probabilité monte à 1% si la Femme abandonne sa carrière pour se consacrer à ses enfants. Mais elle perd alors son statut de « Libérée », pour devenir communément une « Pétasse Soumise » (voir partie Carrière).

 

Voilà, tu sais tous mes conseils, toi la Femme Voilée. Prête à ouvrir tes ailes pour devenir une Femme Libérée ? Si tu hésites à conserver ton rôle actuel, plus simple, où tu es valorisée en tant que mère et maîtresse de maison, sans avoir les yeux rivés sur la balance et ton épilation, sache que c’est parce que de vilains barbus t’ont endoctriné. Ici en France les femmes ont fait leur Révolution, et se sont battus pour leurs droits. Toute révolution a sa période de terreur : c’est la peur d’un retour en arrière qui les a poussés à convertir ces droits nouvellement acquis en devoirs. Cela passera. Peut-être nos filles, ou petites filles, auront le droit d’être vraiment libres de choisir sans devoir.