Du nègre au chimpanzé : Mark-Hate, la startup qui a le vent en poupe

Bonjour Phillipe, en premier lieu pourriez-vous nous en dire un peu plus sur le Markhating ?

Le Markhating est né d’un constat simple : la haine est profondément ancrée en chacun nous. Elle ne demande qu’à outrepasser le carcan culturel dans lequel nous l’enfermons pour s’exprimer. C’est une réserve de puissance phénoménal et d’un accès très rapide ! Mark-Hate a mis au point des outils et des méthodes permettant de libérer cette énergie et d’en tirer le meilleur parti

Quel est votre cible par exemple ? Quel typologie de clients cherchez-vous ?

Basiquement, n’importe quel acteur dont le business model repose sur la désignation d’un ennemi est dans notre scope. Cela va des comiques en reconversion aux politiciens les plus en vue.

Commençons par les comiques alors. L’un de vos clients a publié récemment le sketch suivant « ce nègre obèse de Dieudonné est né du viol d’une guenon par un chimpanzé ». Vous comprenez que cela peut choquer certaines personnes ?

Ecoutez, je suis moi-même homosexuel. Où étaient ces personnes lorsqu’on passait la « cage aux folles » ? Où étaient-ils pendant qu’on raillait l’ensemble de ma communauté dans les médias ? Moi je ne vois pas de communautés, je vois des gens. Si des gens se sentent concernés car appartenant à une communauté c’est leur problème.

Sauf erreur c’est la réponse exacte, à quelques mots près, de Dieudonné à un journaliste qui lui demandait s’il comprenait que ces sketchs pouvaient choquer des juifs.

Bien sûr : c’est un Pack Reponse & Justification que nous vendons depuis très longtemps. Dieudonné l’a utilisé à plusieurs reprises. (rire) Nous faisions des tarifs très avantageux à l’époque il ne pourrait plus se le permettre aujourd’hui.

Vous voulez dire que vos Packs sont vendus indifféremment de l’ennemi à haïr ?

Bien entendu, c’est même là-dessus que repose tout notre business model : une réthorique hautement « scalable ». Entre un discours écrit pour Marion-Maréchal et Alain Soral nous revendiquons un taux de réutilisation de 97%. 94% entre Mélenchon et Macron. Nos investisseurs adorent.

Côté politique que proposez-vous exactement ?

Basiquement le même type de service que pour les comiques. Ici aussi la frontière entre les 2 professions devient plus ténue chaque jour. Si les premiers veulent obtenir des clics, les seconds veulent des vote : dans notre époque hautement médiatique les ressorts sont basiquement les mêmes.

Un produit phare je crois tout de même ?

Oui bien sûr : « Dites-moi de qui c’est la faute je vous dirai pour qui voter » est un ouvrage qui s’est vendu à plusieurs milliers d’exemplaire. Il repose sur une redéfinition des partis sur l’ennemi désigné : immigrés à droite, riches à gauche, migrants pour tout le monde….

A vous entendre vous vous défendez de toute idéologie

Bien entendu : ce n’est que du business. Vous savez pour avoir souvent échangé avec eux je peux vous garantir que Dieudonné n’a rien contre les juifs, pas plus que Fillon contre les gays (ce serait le comble) ou Sarko contre les bougnoules. Ce sont simplement des hommes d’affaire qui ont identifié une cible marketing et on bâti leur carrière dessus. Demande-t-on à MacDo de faire de la haute gastronomie ou Apple faire des smartphones bon marché ? Non. Alors laissons ces gens là faire leur travail avec leur scope respectifs. Antisémites, homophobes, xénophobes : tous ont un pouvoir d’achat qui mérite qu’on s’y intéresse.

Le rois esclave de ses sujets en quelque sorte ? De telle sorte que des excuses seraient improbables ?

Vous pouvez tout à fait vous excuser d’un sketch ou d’un discours qui a choqué, mais vous prenez alors le risque de perdre une partie de votre audience. C’est quelque chose sur lequel nous épaulons beaucoup de nos clients, et où l’analyse est importante. Pourquoi s’excuser d’une blague sur le viol si 83% de votre public est constitué de beaufs masculins ? C’est là où toute la puissance de notre analyse entre en jeu.

Impossible pour eux de changer de cible ? Des juifs aux arabes par exemple ? Des riches aux assistés ?

C’est théoriquement possible mais cela nécessite un courage que tous n’ont pas, surtout si vous êtes sur une niche restreinte. Vous savez avant de nous connaître Eric ZEMmour était un biographe inconnu, Alain Soral un écriain que personne ne lisait et Dieudonné jouait devant 53 personnes. Ils ont tous misé sur leur nouveau business model, et c’est à lui qu’ils doivent leurs succès. Il n’est pas évident pour eux de prendre le risque de fâcher leur audience.

Du coup un conseil pour les jeunes pousses qui veulent se lancer ? Vos futurs clients ?

Comme tout homme d’affaire je dirai « répondez d’abord à un besoin ». N’arrivez pas avec une haine inventée que vous pensez imposer. La haine est partout, dans la rue, dans les soirées, dans les réseaux sociaux : écoutez, reniflez, trouvez votre niche et jouez là à fond.

Si vous deviez leur donner un conseil plus concret : quels sont les ennemis de demain ?

Je ne peux vous répondre, et c’est là tout le passionnant de notre travail ! Il est tout bonnement impossible de prévoir qui sera lapidé demain ! Il y a quelques années à peine tout le monde aurait parié sur les musulmans. Grâce à des contributeurs comme Daech ou la classe politique française, qui ont activement participé à nos campagnes.

Mais depuis peu les antisémites sortent du bois : plus de 30% d’augmentation d’actes de violence en 2017. Et parlant d’une communauté persécutée tous les 50 ans depuis 14 siècle on peut attendre des choses surprenantes. Bref : entre challengers et persécutés historiques, je ne saurai que choisir.

Quel avenir pour Mark-hate ?

Radieux. Il faut savoir être humble et avouer que la période est propice : en période de crise les politiciens ont plus que jamais besoin de nous pour masquer leur incompétence, les réseaux sociaux nous rendent indispensables à quiconque compte sortir du lot, chaque communauté en dénigre une autre au nom du principe de self-défense, le sentiment d’injustice et la faim de sang vont grandissants…

Nous allons surfer sur la vague et espérons lever des fonds courant 2019. Objectif : world wide à l’horizon 2022.

UN dernier mot, puisque vous nous partagez une vision à long terme : vous n’avez pas peur que le marché sature ?

Je ne m’en fais absolument pas sur ce point, il y aura toujours assez de haine pour tout le monde.